QUIPROQUO

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QUIPROQUO

Message  Michele66 le Sam 21 Jan - 8:51

Un petit souvenir de mon ancien site.
Comme quoi, les apparences peuvent être trompeuses!


Quiproquo !

« Même montagnarde dans l’âme, les hauts sommets sont ma nature première, mais comme tous les gens du bord de la Méditerranée, nous subissons toujours l’influence de la mer.

Méditerranéennes, nous sommes les héritières d’un formidable passé qui fait de nous des gens un peu à part dans notre monde d’aujourd’hui !

Être transsexuelle ici se teinte de particularismes locaux et je ne déroge pas à cette règle immuable qui fait de nous de formidables passionnés, autant homme que femmes, sans discrimination de sexe.

Depuis toujours, j’ai vécu intensément ma passion sportive et mon amour pour la nature et la vie sauvage.

Pourtant, la nature même de ma vie, proche de la quarantaine, avec cet irrésistible penchant féminin, vivant encore en homme tant que je n’avais pas encore achevé ma conversion, m’imposaient des retenues qui me faisaient piaffer d’impatience, et parallèlement me conduisait à envolées incontrôlables et majestueuses qui ignoraient tout de la plus élémentaire prudence.

Ce qui a été une sauvegarde dans ma vie, c’est que, comme nous toutes, j’ai été minée par cette implacable façon de penser, toujours et en tous lieux, en tous temps, mais je n'en ai pas fait mon unique sujet de préoccupations, certes le plus important :

Il faut bien vivre au jour le jour… sa propre transsexualité,

alors, je l’ai amenée avec moi «en bandoulière » dans toutes mes passions.

De fait, je l’ai, le plus souvent accommodée à la sauce qui me convenait, tout en subissant en retour son irrésistible loi.

***

Cet été là, il y a une vingtaine d’années, (une trentaine maintenant) j’avais lâché les chevaux et j’appréhendais le « qu’en dira-t-on » avec beaucoup plus détachement qu’aujourd’hui : j’étais totalement entre les deux, trop fille pour ressembler vraiment à un garçon et pas encore assez fille pour passer vraiment pour une fille.

Je me demande même si je ne cultivais pas quelque peu cette ambiguïté qui me conduisait quelquefois à répondre à des questions ingénument indiscrètes ou vivre des moments particuliers et privilégiés.

A cette époque, plus ostensiblement qu’aujourd’hui d’ailleurs, je m’habillais au jour le jour avec des vêtements mixtes ou d’un féminin plus évident mais toujours très classiques et ma tenue de randonnée ne dérogeait pas à cette règle immuable.

Mon épouse absente tout l’été, pour meubler le temps, il m’arrivait quelquefois de partir comme « accompagnateur » avec un groupe d’estivants randonneurs.

Pantalon de montagne, tee-shirt et sweat-shirt flous, chaussures de marche, rien à signaler dans mon apparence masculine extérieure.

Petite culotte en coton, simple et confortable, pratique pour l’aisance de la marche, là encore rien d’extraordinaire.



Cela se corsait un peu avec le port d’un soutien gorge léger, sans armature, élément vestimentaire que je ne mettais que rarement, en garçon, au commun de mes journées, mais rendu indispensable, ce jour là, par ma poitrine douloureuse, suite à une nouvelle prise d’hormones.

Les choc répétés de la marche sur mes jeunes seins étaient fort désagréables et le soutien gorge en l’occurrence bien emboîtant me permettait de ne pas trop souffrir.

Il ne se voyait pas mais je dois bien l’avouer me gênait considérablement avec mon sac à dos.

Je me consolai en me disant qu’il fallait souffrir pour être belle.

Toute la journée, donc, mes vacanciers marchèrent bon train, dans la bonne humeur et la convivialité, s’extasiant au détour d’un chemin de neiges éternelles sur le fond argenté de la Méditerranée, ou d’un lac d’émeraude niché au creux d’un vallon.

Moi, j’étais moi-même, heureux(se) de vivre et respirer l’air frais de la haute altitude en sympathique compagnie.

Nous étions arrivés au refuge pour la nuit, un abri rudimentaire de montagne qui avait servi autrefois de bergerie et la soirée avait été organisée.

Chacun avait une tâche, individuelle ou collective à accomplir et je m’étais chargée de la corvée de bois avec d’autres, bien sur….

Adossé à un rocher, il me regardait avec insistance.

D’abord je n’avais pas réalisé mais le poids de ce regard posé sur moi avait fini par m’alerter.

« Il y a un problème ? »

« Non ! Pas spécialement ! »

« Ah, bon ? »

« Oui, peut-être…Ca ne me regarde pas mais je me demande si c’est naturel ou si vous cultivez votre façon d’être un peu…ambiguë ? »

« Je ne saisis pas ? »

« On vous appelle Michel et vous êtes notre guide… masculin ; mais vous ressemblez à une femme et vous vous comportez souvent tout comme.

Je vous ai observé toute la journée et maintenant je suis certain que vous n’êtes pas un homme !

D’ailleurs vous avez des seins, vous portez un soutien gorge et une culotte dont on voit la couture quand vous vous penchez !

Vous avez peu ou pas de pilosité ! Vous êtes une femme qui se fait passer pour un homme ? Pourquoi ? »

Je restai sans voix !

« Je vous assure que ça ne me dérange pas ! »

« … »

Comme je ne disais toujours rien, il reprit :

« Dans le fond, c’est flatteur qu’une femme, veuille être un homme ! C’est vrai que naturellement vous avez un côté quelque peu masculin, et ça doit drôlement vous aider mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde.

Moi, je ne suis pas dupe !»



J’étais hébétée, incapable de répondre quoi que ce soit.

Pour moi, ce qui se passait correspondait à l’impensable, à une situation que je n’avais jamais envisagée, totalement à l’inverse de ma réalité.

Il m’avait identifiée comme une femme qui veut se changer en homme !!!

Je savais bien que cela existait mais à cette époque je n’avais encore jamais rencontré d’amies désireuses de devenir mes amis ; le cas contraire m’était familier dans mes relations mais pas dans le sens femmes vers hommes.

Ma transformation d’homme en fille me semblait déjà incommensurable, alors le changement dans le sens fille/homme relevait à mes yeux de l’utopie pure et simple.



En ce qui concerne la transsexualité, je dois reconnaître qu’il avait bien fait mouche mais avec une inversion fondamentale pour ce qui est du sens de la transformation.

Néanmoins ce quiproquo avait du bon car il me permettait de mesurer mon évolution vers mon féminin puisque quelqu’un, même en garçon, me prenait pour une fille.

Restait à savoir comment, avec toutes les précautions prises, ce monsieur avait décelé un soutien gorge bien caché !

Par une impulsion irréfléchie, désireuse de mieux comprendre, je décidai de ne pas le détromper.

« Qu’est ce qui vous permet d’affirmer ceci ? »

« Un ensemble de choses dans le comportement, des attitudes, la voix, la démarche…plein de petit signes, votre lingerie et ce qu’elle contient. »

« Justement ! Comment avez vous vu ? »

« Au milieu de cet après midi quand vous avez rempli la gourde à la fontaine vous vous êtes penchée et j’ai vu par l’échancrure de votre pull, que vous aviez entr’ouvert à cause de la chaleur

Vous avez une jolie poitrine…Dommage ! »

« N’en dites rien aux autres ! »

« Pourquoi ? La majorité du groupe pense comme moi.

C’était notre principal sujet de conversation quand nous traînions à l’arrière, pendant la marche. »

« Et personne ne m’a rien dit ! »

« Moi, je vous en parle ! »

« C’est du courage ? Un excès de curiosité ? »

« Un peu des deux, je pense. Surtout une immense curiosité ! »

« Et puis, je m’en moque, parlez en autant que vous voulez, mais ne m’ennuyez pas avec ça... C’est une situation que je vis assez mal. »

« Vous en dites trop et pas assez ! »

« Possible , mais ma vie m’appartient ! »



Dans l’heure qui suivit, j’acquis donc mon statut de femme véritable, reconnue par tous dans le cadre d ‘une légère désapprobation due à la cachotterie, mêlée d’une certaine admiration pour le rude exercice de l’accompagnement en montagne, au féminin.

La différenciation immémoriale des sexes est ainsi faite surtout dans le monde de la montagne, d’autant plus à une époque ou encore peu de femmes revendiquaient une expérience alpestre.

Donc, ce qui est normal pour un homme s’avérait presque héroïque pour une femme.

J’étais une héroïne, pratiquement débarquée tout droit de la littérature des grands auteurs de montagne, c’est certain !

De toute façon de nouveaux comportements suivirent instantanément car les hommes se firent plus prévenants et les femmes plus complices.

Le grand feu de camp brûla fort tard dans la nuit.



Mon « inventeur », je crois que c’est ainsi que l’on nomme les découvreurs de trésors, se fit plus amical, me servit toute la soirée, veilla à me proposer une couverture quand le froid de la nuit se fit plus mordant.

Pourtant le plus beau souvenir de cette aventure fut un simple regard, échangé avec une jeune femme.

La clarté limpide des flamme brillaient dans ses prunelles, elle était étonnamment belle avec ses yeux chargés de sollicitude.

C’était le regard d’une femme à une autre, qui m’offrait, à moi, une autre femme toute sa complicité féminine.

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